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A croire que t'aurais pas put vivre sans te crever à la tâche. Que t'étais obligée de te crâmer les mains, que la douleur t'étais indispensable. Que survivre au lieu de vivre, c'était beaucoup plus drôle. Beaucoup plus fort.
T'étais obligée de foncer dans le tas, de choisir l'âme la plus moche, la plus crade, la plus abîmée et de lui donner toute ta force, toute ta beauté.
Et elle, elle pompait ton sang, ta force, ta vie, elle prenait tout ce qu'elle voulait prendre ( et même plus ), tout ce dont elle avait envie, et elle te laissait t'écraser au sol quand elle se barrait. Et tu trouvais encore le moyen de t'excuser. Parce qu'au final, tu te retrouvais toujours seule dans ta chambre, les mains froides, vides et le regard figé. A regarder les volutes de fumée bleues-blanches s'écraser contre ton plafond et se répandre autour de toi, en silence. Tu étais glacée.
Et maintenant ? Maintenant que tu t'es bien écrasée contre des foules d'âmes en peine, tu te retrouves comme elles, fissurée, craquelée. Et vide. Vide-vide-vide. Exsanguë. A attendre que quelqu'un vienne te chercher, que quelqu'un te sorte de ton bourbier, en silence. Quelqu'un qui, comme toi, aimerait les âmes en peines, les gens brisés, fatigués, et tout leur foutoir de souffrances. Quelqu'un qui t'aurais laissé t'agripper à son cou, quelqu'un qui t'aurait regardé dormir. Qui t'aurait emmené voir le soleil ; qui t'aurait appris à ressentir quelque chose à nouveau. Qui t'aurait sortie de ta fumée et de ton silence, qui t'aurait embarquée dans le bruit et la lumière.
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